La Fille aux Fleurs : les Misérables en Corée ?

Publié le par AAFC-Nord

La fille aux fleursIl y a des thèmes universels en ce sens qu’ils transcendent les époques et les cultures. Qui pourrait prétendre que les histoires d’amour ne constituent pas l’ordinaire et l’extraordinaire des écrivains et des cinéastes ? Les ravages de la guerre, de l’Iliade aux Bienveillantes, sont une autre valeur sûre des producteurs d’images mentales. Un autre classique de l’écriture littéraire et cinématographique se décline selon d’infinies variantes : le roman sur la pauvreté subie, acceptée ou rejetée. À cet égard, le cinéma nord-coréen recèle au moins un joyau: La Fille aux fleurs.

 

La Fille aux fleurs est l’un des incunables du cinéma de la Corée du Nord. Réalisé en 1972 par Pak Hak et Choe Ik-Kyu, il a en fait un auteur nettement plus illustre : Kim Il-Sung lui-même. Le Grand Leader aimait l’opéra et en aurait d’ailleurs composé un certain nombre dans les années 1930: La Fille aux fleurs serait la transcription de l’une de ces œuvres édifiantes que le chef révolutionnaire souhaitait proposer à ce qui serait un jour son peuple. Quand on sait que c’est Kim Jong-Il, le propre fils de Kim Il-Sung, grand amateur de cinéma, qui a supervisé en personne la production de La Fille aux fleurs, on se dit qu’on touche là à un maillon essentiel d’un répertoire appelé à délivrer une vision unanimiste de l’histoire et de la société de la Corée pré-communiste.

 

Car enfin, de quoi est-il question ? D’une jeune fille qui vend des fleurs pour venir en aide à sa mère malade et exploitée par un couple d’épouvantables nobliaux collaborateurs des Japonais : même si l’époque où se situe l’action n’est pas clairement identifiée et si les Japonais eux-mêmes n’apparaissent pour ainsi dire pas, le film tire son sujet et sa substance des épreuves subies par le peuple coréen à l’époque de la colonisation japonaise (1905-1945). Le pathos le plus déchirant est convoqué dans cette œuvre où, comme dans la tragédie grecque, les malheurs de l’héroïne prennent la dimension d’un drame cosmique grâce aux chœurs qui scandent le film, évoquant au passage son caractère initial d’opéra : la petite sœur de l’héroïne devient aveugle du fait des mauvais traitements infligés par ses maîtres, la mère meurt d’épuisement et de chagrin, le frère en révolte est condamné au bagne. Notre héroïne sanglote, subit en silence jusqu’à ce que l’enlèvement de sa petite sœur éveille en elle un désir vengeur, qui se donne libre cours quand son frère, qui réapparaît dans la peau d’un révolutionnaire, renverse la tyrannie des féodaux et engage les maquisards qui l’escortent à bâtir un avenir meilleur. Toute coïncidence de l’action et des personnages avec des individualités historiques aussi évidentes en l’espèce que Kim Il-Sung et Mao ne relève évidemment pas du hasard.

 

Le film est très beau sur le plan formel : l’esthétique relève à la fois de l’univers chromatique propre au monde chinois et du clair-obscur plus classique dans l’hémisphère culturel occidental. La rhétorique est en revanche un peu lourde et fait parfois regretter la modernité et la noble grandeur des films d’Eisenstein, chefs-d’œuvre du cinéma de propagande. Tel quel, La Fille aux fleurs n’en présente pas moins une histoire propre à susciter l’identification et l’adhésion d’un public large à qui il s’agissait d’indiquer, avec les renforts idéologiques et esthétiques nécessaires, la direction à suivre.

 

La Fille aux fleurs a fait l’objet de la première projection publique organisée par le comité Nord de l’Association d’Amitiés Franco-Coréennes le samedi 13 octobre 2012. Il inaugure un cycle qui semble avoir déjà trouvé son public. 


Le comité Nord de l'AAFC

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femme russe France 23/11/2012 08:21


Ce film doit être fabuleux .